J'étais là, assis sur un banc degueulasse, la gare tout autour qui se faisait la belle, je ne comprenais plus bien les choses, d'ailleurs je ne les avais globalement jamais comprises, mais
ça c'est une autre histoire. Je sortais de chez elle. Elle c'est cette femme riche et conne, dans ses bras à se contempler, les yeux dans son verre vide. Je l'ai pas detesté, bien sûr. Pas aimé
non plus. Le temps d'une nuit juste. Pour pas se mettre à chialer comme un con, sur un bout de trottoir à ne pas savoir où dormir. Je m'etais rentré donc dans un maudit bar, puant la richesse et
les convenances, à vaquer l'âme, le ptit cahier à spirales qui ne me quittait plus. Une vodka. Et les regards qui se
posent sur moi. Il vous suffit de vous asseoir à une table d'un bar, de sortir un stylo et une feuille ou n'importe quoi d'autre, pour qu'on vous prenne pour un
écrivain fameux et celebre, et que les gens, bien comme il faut fassent leurs kékés pour penser être dans un roman, enfin un truc pour être eternel quoi...ils sont cons comme même des fois. Elle
s'est approchée la trentaine sous prozac, ma troisième vodka. L'oeil petillant d'y croire, qu'elle prend. Tout le tralala ensuite. La chaire faible et l'âme triste. Et se reveiller, la bouche
sèche et sans voix de voire ce tas tout à côté. Qu'elle reprendra lundi son boulot de directrice des ressources humaines chez Enjoy instute. J'ai recuperé mes vêtements en vrac, choper tout
ce que je pouvais trouver qui me semblait avoir de la valeur,ouvert puis refermé la porte avec douceur, dans la cage d'escalier se rhabiller, tremblant de partout, le vent glacial qui monte, et
s'engouffre au fond de ma peau. Ptit salaud heureux. Bien content de ne pas avoir dormi ailleurs. J'avais fait ça plusieurs fois depuis l'epoque où j'etais passé dans le televiseur chez Guillaume
Durand pour la promotion de mon premier roman sur la vie de Juliette Greco, avec la p'tite notorieté, du coup. Vous savez les cultureux de cette espèce qui ne lisent que les résumés dans Telerama
et s'esclaffent dans le génie d'untel. Si si ça existe, je vous le dis. Enfin, bon, j'avais trouvé le jeu assez marrant, dans la récréation de l'abrutisme bourgeois. Oh oui je sais bien sûr, je
ne devrai pas en être très très fier, je culpabilise parfois, pas souvent je vous rassure. Je me suis arrêté dans un café un ou deux quartiers plus loin, mon sac noir à ouvrir, jeter un coup
d'oeil sur le butin, pas grand chose au final, et je m'en fichais pas mal. Bien heureux de mon larcin ridicule. Boire le journal, et lire le café, ou l'inverse. Le beau parisien derrière son
comptoir, pas souriant du tout, qu'aurait bien voulu rester quelques heures de plus dans son lit, porte de Bagnolet, au lieu de venir s'emmerder à servir des trucs degueulasses à des gens
degueulasses. Je suis sorti, j'ai marché encore un peu plus loin, deposé une gourmette en or dans la casquette renversée d'un clochard qui n'avait rien qui cloche. Engueler une vieille
degoulinante balladant son chihuahua orange fluo, quartier des halles. Et m'arrêter là ou ici. Regarder des jeunes, ivres et heureux qui jettent leurs dernières canettes de despe dans les massifs
à fleurs. Se retourner du coup, sur ce que fut la mienne, sur tout ce que j'ai loupé, tout ce que j'ai oublié de vivre par trop d'immobilismes et de peurs. Je me suis retrouvé tout con, vraiment.
A chialer. Ou presque. A me quitter ou presque. Je suis retourné, gare Montparnasse...le froid dedans, toujours, les escalators qui crachent sans arrêt son flot de voyageurs paumés,
impressionnés.
Et me voici donc, ici, sur le banc deguelasse à attendre un rien qui me ferait basculer dans l'ivresse, mais bien sûr tout est venu, et je me suis endormi au bruit des trains qui partent et qui
ne reviennent plus.