Le vent s'est levé, je suis resté là, assis devant le Rio qui degoulinait sur les parois de mon verre de Caipirinha. Les pensées à s'envoler vers d'autres horizons toujours. Le regard d'un enfant
devenu trop vieux, d'un coup, sous son poids de convenance et d'immobilisme. Crachant sans cesse dans le fleuve boueux de la bourgeoisie qui l'enserre, sans jamais demordre, sans jamais se
lasser. Des milles d'amertume dans l'âme. Bien sûr ça m'aurait plu, vie sereine et droite debout, bien sûr tout cela....mais se complaire au finale dans ce que l'on est, et
s'enchanter des desirs à venir pour ne pas se mettre à
chialer connement, ici, le Brésil, sur son corps.
Elle, là-bas, et moi, ici. Toujours la même histoire, dans le fond. La distance qui frappe tout, l'âme et le reste. La peur infinie, un quai de gare deserté, cauchemar de la réalité à venir....ou pas. Le coin joli qu'on ose croire. Oh oui, toujours...et ne pas se demettre, une fois de plus, encore. La vie qui ne fait pas de cadeau, en bouffer un peu plus...pour savoir. Le soleil qui se met à pleuvoir et une chanteuse valsant de toute sa mélancolie sur les bords de l'eau boueuse. Je les connais déjà trop bien, ces moments, ces minutes là, où ça bascule, d'un bord l'autre, d'une rive l'autre. Le rire et les larmes. La vie, et le reste. Des souvenirs du fleuve, l'ombre de ses cheveux sur mon visage grimaçant. La couleur douce de sa peau sur la mienne, c'était rien, c'était bien.
Mais aujourd'hui, je suis là, le Brésil, à faire pleuvoir les alcohols, pas beau à voir, pas beau à sentir, qu'il est loin le temps des Rimbaud, des Verlaine, Eluard! « La courbe de tes yeux a fait le tour de mon coeur, des ronds de danses et de douceurs » c'est pas pipeau ça! De la vraie! Pas de pacotilles dans les confettis! Appolinaire! Ca s'envole, oui! Des traits de lumières dans le ciel. Le vague à l'âme, et c'est bien sa main que je cherche, tapotant sur la table, pour le cliché. On devrait toujours se méfier de ça, les clichés, vous démembre bien trop vite! Boire, s'envenimer tout le dedans, tituber de la vie, s'pourrir jusqu'au fond de sa misère puisqu'le désert toujours devant. Tout cela ne fut il qu'un rêve, une chimère, un cauchemar, du bord étrange de la folie qu'on a basculé? Son regard que je cherche. Sa main qui apaise mes angoisses. Egoïste jusqu'au bout des ongles, de la nuit.
Me suis retourné des milliers de fois, pour la voire les yeux clos, et les rêves en dedans. Son visage tendre d'adolescente, son ombre sous la lueur des flammes. Les corps qui vacillent, chialent encore de tout ce qui se barre, cocu en tout!
Je suis mort, c'était pas si pire que ce qu'en disent les bouquins. Je me suis tiré une balle au beau milieu du buffet, pendant le mariage. Froid, le buffet, évidemment. L'image de cinéma. Je me balladais souvent avec ce vieux Colt M1911, même douteux, chargé, en cas de chasse, en cas de coup dur, de victoire des uns. Vous voyez le style quoi. L'idée à me plaire. La limite du possible.
On revient toujours. Du Brésil ou d'ailleurs, même saoul et triste sans pareil. Les avions decolleront toujours! Ramenant leurs lots de vacanciers déçus, de buisnessmen verreux, de desesperés. Moi! Avec! Le mariage et tout, bien classe, au retour, dans un chateau, mon ex meilleur ami, la bourgeoisie affichée, le sourire de la mariée, et le beau frère saoul comme un ours, mon cadavre au milieu. Le chic pour pourrir les soirées. La fête est finie, rentrez chez vous, chialer votre mère discreto dans les chiottes, ou baiser comme des chiens. On s'en fout. Il n'y a plus personne dans la salle, les musiciens ont cessé nets leurs chansons à la con au coup de cymbale de mon flingue, la belle mère s'est ecroulée sous la table, crise cardiaque, le bordel immense! Ça en a fait de l'effet, s'en souviendront! Et soyez heureux! En grande Pompe! Funébre! Ouais globalement, je suis plutot fier de la gueule de mon suicide, mon retour, le dernier!
On l'a retrouvée, un petit matin merdeux, raide, froide et encore belle. Sous des kilos de coups sur le visage, et tout autour. La connerie des gens, du gras qu'elle avait cru prendre comme Amour, plus jeune, plus idéaliste. Plus rêveuse , aussi peut être. Cassée ensuite. Vidée. Lessivée de tout, par le crétinisme de l'autre, par la vie qui ne fait jamais de cadeau aux jolies.
Je l'ai lu le matin d'avant le mariage, dans le journal. La chape de plomb dans le PMU, sur moi! La haine, du monde entier! Ca a pas loupé, non! Les enculés de cette espèce! La vie! Finie! On range les décors! Les rêves! Le reste! Je ne suis déjà plus! Ma connerie! De croire que j'étais un ange! Que j'allais pouvoir ne serait ce que l'aider à sortir, à se reveiller, à vivre enfin!
Nous nous étions perdus de vue, à peine adolescents, à peine jeunes, l'eloignement des choses, du cours des choses du concret, qu'on se comprenait pas trop en fait. D'ailleurs, c'est rare de comprendre quelque chose aux filles, lorsqu'les hormones prennent le contrôle de tout, le bazaar des hommes, comme tout les ados.
On s'est retrouvé, donc...nous avions mûris, comprendre, on s'en était pris plein la gueule des desillusions, des rêves déçus, des détours de la grande vie. La mer, et l'amer. Pas mal deconnés. Ouais! Des fantaisies, toujours, le crépitement de sa voix, nos alcohols, la putain de beauté! Pas de salle de bain, non! Bien déchirés! Bien les nerfs à vif! A s'aimer, au fond! Même toujours bourrés! Même toujours au bord! De la folie! Les rendez vous clandestins, ensuite! Les nuits étoilées! Au bord du periph'! Le moindre chat qui passe s'en méfier! Les adultes! Tairent! Byzance quand elle souriait de tout son corps sur le mien! Son regard à se perdre joliement au delà des horizons! Les bougies chantantes sur les fenêtres, la musique emporte tout, les bouquets de nerfs, le reste, nos corps qui s'etendent de merveille. Lumière du jour, s'en foutre! Fuir! La possibilité! La vie! L'enfance! Doux visage! S'entendent! S'devorent! Tant qu'on leurs accordent! L'air frais de la révolution contre la fumée de nos cigarettes. L'envol! Le reste! Ses yeux qui foudroient les miens! Bonjour! Soit Dix ans passant! Le côté interdit! De la moralité, bien stupide! Juste à essayer de s'arracher de nos vies! Voilà tout! Qu'ils aillent gueuler ailleurs, les autres! De leurs bonnes pensées, rien à cirer! Oui! Aimer et haïr le monde entier, en même temps! Retrouver l'insouciance et l'innoncence qu'on nous avait volé, trop tôt. Rien qu'un peu heureux, enfin!Ensemble! Et les enculés dehors!
Elle avait tout quitté, d'un coup, net! Tout dans l'acte! De ses pensées qu'elle s'en est ebouillantée des années durant. Quitter l'être qu'elle a aimé, c'est pas rien! L'aimé qui s'était transformé en monstre, répugnant de tout son crétinisme. Alcool et violence! Elle, son sacrifice, pour son coeur légèrement trop grand. Souffrir et ne pas faire souffrir. S'oublier pour! N'aurait pas tenu bien longtemps, encore, qu'elle m'avait avoué. Alors oui! Oui! Se liberer de tout! Ce poids! Ces chaînes qui saignent les chevilles, et le coeur! Quitter pour vivre! Nous y croyions!
De Byzance qui nous attendait, que nous vivions! Moments en apesanteur! Pour le cliché, là aussi! Les douleurs, les souffrances et les angoisses, au panier! Le peu qu'on se permette, le dévorer! Retrouver l'âme adolescente, la pas pour de fausse! Revolution en tout! En Elle! En moi! En Elle et moi! Nous! Ce bazaar joli des choses!
La fête qui s'est terminé ce matin, au pied de mon café, le journal qui me l'a gueulé. Le destin qui nous a rappelé, tout y faut! On aura beau lutter contre les courants aussi fort qu'on peut, ce p'tain de bordel, grande faucheuse qui vient nous taper un coup dans le dos. Nous a retrouvé! L'a retrouvée! Le connard de gras! Lui à demonter le corps de tout ce qu'il pouvait! Salaud jusqu'au bout!
Elle m'avait attendue, deux jours complets sur le quai de gare pour le retour, pour le dernier, premier voyage. Que nous nous l'étions promis, avant, trois mois de cela, les embrassades de cinéma. Et tout. D'un soir de retour qui ne pue pas la mort! Ironie de la vie! Je vous jure que nous volions, oui! Pas qu'un peu! À milles lieux! Sous! Sur la mer! De toute ivresse, en nous. La nouvelle vie! On y croyait! On y a cru! Nous avait quitté, la misère! Son sourire!
Mais tout nous a recouvert, le malheur! Le reste! Et nous voilà, ce soir, morts, calmes et tranquilles! Le repos que nous attendions! Quietude absolue sur ce bout de nuage!
Adieu! La séance est finie! Le rideau s'écroule!
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