Dimanche 7 septembre 2008

Le vent s'est levé, je suis resté là, assis devant le Rio qui degoulinait sur les parois de mon verre de Caipirinha. Les pensées à s'envoler vers d'autres horizons toujours. Le regard d'un enfant devenu trop vieux, d'un coup, sous son poids de convenance et d'immobilisme. Crachant sans cesse dans le fleuve boueux de la bourgeoisie qui l'enserre, sans jamais demordre, sans jamais se lasser. Des milles d'amertume dans l'âme. Bien sûr ça m'aurait plu, vie sereine et droite debout, bien sûr tout cela....mais se complaire au finale dans ce que l'on est, et s'enchanter des desirs à venir pour ne pas se mettre à chialer connement, ici, le Brésil, sur son corps.

 

Elle, là-bas, et moi, ici. Toujours la même histoire, dans le fond. La distance qui frappe tout, l'âme et le reste. La peur infinie, un quai de gare deserté, cauchemar de la réalité à venir....ou pas. Le coin joli qu'on ose croire. Oh oui, toujours...et ne pas se demettre, une fois de plus, encore. La vie qui ne fait pas de cadeau, en bouffer un peu plus...pour savoir. Le soleil qui se met à pleuvoir et une chanteuse valsant de toute sa mélancolie sur les bords de l'eau boueuse. Je les connais déjà trop bien, ces moments, ces minutes là, où ça bascule, d'un bord l'autre, d'une rive l'autre. Le rire et les larmes. La vie, et le reste. Des souvenirs du fleuve, l'ombre de ses cheveux sur mon visage grimaçant. La couleur douce de sa peau sur la mienne, c'était rien, c'était bien.

 

Mais aujourd'hui, je suis là, le Brésil, à faire pleuvoir les alcohols, pas beau à voir, pas beau à sentir, qu'il est loin le temps des Rimbaud, des Verlaine, Eluard! « La courbe de tes yeux a fait le tour de mon coeur, des ronds de danses et de douceurs » c'est pas pipeau ça! De la vraie! Pas de pacotilles dans les confettis! Appolinaire! Ca s'envole, oui! Des traits de lumières dans le ciel. Le vague à l'âme, et c'est bien sa main que je cherche, tapotant sur la table, pour le cliché. On devrait toujours se méfier de ça, les clichés, vous démembre bien trop vite! Boire, s'envenimer tout le dedans, tituber de la vie, s'pourrir jusqu'au fond de sa misère puisqu'le désert toujours devant. Tout cela ne fut il qu'un rêve, une chimère, un cauchemar, du bord étrange de la folie qu'on a basculé? Son regard que je cherche. Sa main qui apaise mes angoisses. Egoïste jusqu'au bout des ongles, de la nuit.

Me suis retourné des milliers de fois, pour la voire les yeux clos, et les rêves en dedans. Son visage tendre d'adolescente, son ombre sous la lueur des flammes. Les corps qui vacillent, chialent encore de tout ce qui se barre, cocu en tout!

 

Je suis mort, c'était pas si pire que ce qu'en disent les bouquins. Je me suis tiré une balle au beau milieu du buffet, pendant le mariage. Froid, le buffet, évidemment. L'image de cinéma. Je me balladais souvent avec ce vieux Colt M1911, même douteux, chargé, en cas de chasse, en cas de coup dur, de victoire des uns. Vous voyez le style quoi. L'idée à me plaire. La limite du possible.

 

On revient toujours. Du Brésil ou d'ailleurs, même saoul et triste sans pareil. Les avions decolleront toujours! Ramenant leurs lots de vacanciers déçus, de buisnessmen verreux, de desesperés. Moi! Avec! Le mariage et tout, bien classe, au retour, dans un chateau, mon ex meilleur ami, la bourgeoisie affichée, le sourire de la mariée, et le beau frère saoul comme un ours, mon cadavre au milieu. Le chic pour pourrir les soirées. La fête est finie, rentrez chez vous, chialer votre mère discreto dans les chiottes, ou baiser comme des chiens. On s'en fout. Il n'y a plus personne dans la salle, les musiciens ont cessé nets leurs chansons à la con au coup de cymbale de mon flingue, la belle mère s'est ecroulée sous la table, crise cardiaque, le bordel immense! Ça en a fait de l'effet, s'en souviendront! Et soyez heureux! En grande Pompe! Funébre! Ouais globalement, je suis plutot fier de la gueule de mon suicide, mon retour, le dernier!

 

On l'a retrouvée, un petit matin merdeux, raide, froide et encore belle. Sous des kilos de coups sur le visage, et tout autour. La connerie des gens, du gras qu'elle avait cru prendre comme Amour, plus jeune, plus idéaliste. Plus rêveuse , aussi peut être. Cassée ensuite. Vidée. Lessivée de tout, par le crétinisme de l'autre, par la vie qui ne fait jamais de cadeau aux jolies.

Je l'ai lu le matin d'avant le mariage, dans le journal. La chape de plomb dans le PMU, sur moi! La haine, du monde entier! Ca a pas loupé, non! Les enculés de cette espèce! La vie! Finie! On range les décors! Les rêves! Le reste! Je ne suis déjà plus! Ma connerie! De croire que j'étais un ange! Que j'allais pouvoir ne serait ce que l'aider à sortir, à se reveiller, à vivre enfin!

 

Nous nous étions perdus de vue, à peine adolescents, à peine jeunes, l'eloignement des choses, du cours des choses du concret, qu'on se comprenait pas trop en fait. D'ailleurs, c'est rare de comprendre quelque chose aux filles, lorsqu'les hormones prennent le contrôle de tout, le bazaar des hommes, comme tout les ados.

On s'est retrouvé, donc...nous avions mûris, comprendre, on s'en était pris plein la gueule des desillusions, des rêves déçus, des détours de la grande vie. La mer, et l'amer. Pas mal deconnés. Ouais! Des fantaisies, toujours, le crépitement de sa voix, nos alcohols, la putain de beauté! Pas de salle de bain, non! Bien déchirés! Bien les nerfs à vif! A s'aimer, au fond! Même toujours bourrés! Même toujours au bord! De la folie! Les rendez vous clandestins, ensuite! Les nuits étoilées! Au bord du periph'! Le moindre chat qui passe s'en méfier! Les adultes! Tairent! Byzance quand elle souriait de tout son corps sur le mien! Son regard à se perdre joliement au delà des horizons! Les bougies chantantes sur les fenêtres, la musique emporte tout, les bouquets de nerfs, le reste, nos corps qui s'etendent de merveille. Lumière du jour, s'en foutre! Fuir! La possibilité! La vie! L'enfance! Doux visage! S'entendent! S'devorent! Tant qu'on leurs accordent! L'air frais de la révolution contre la fumée de nos cigarettes. L'envol! Le reste! Ses yeux qui foudroient les miens! Bonjour! Soit Dix ans passant! Le côté interdit! De la moralité, bien stupide! Juste à essayer de s'arracher de nos vies! Voilà tout! Qu'ils aillent gueuler ailleurs, les autres! De leurs bonnes pensées, rien à cirer! Oui! Aimer et haïr le monde entier, en même temps! Retrouver l'insouciance et l'innoncence qu'on nous avait volé, trop tôt. Rien qu'un peu heureux, enfin!Ensemble! Et les enculés dehors!

 

Elle avait tout quitté, d'un coup, net! Tout dans l'acte! De ses pensées qu'elle s'en est ebouillantée des années durant. Quitter l'être qu'elle a aimé, c'est pas rien! L'aimé qui s'était transformé en monstre, répugnant de tout son crétinisme. Alcool et violence! Elle, son sacrifice, pour son coeur légèrement trop grand. Souffrir et ne pas faire souffrir. S'oublier pour! N'aurait pas tenu bien longtemps, encore, qu'elle m'avait avoué. Alors oui! Oui! Se liberer de tout! Ce poids! Ces chaînes qui saignent les chevilles, et le coeur! Quitter pour vivre! Nous y croyions!

De Byzance qui nous attendait, que nous vivions! Moments en apesanteur! Pour le cliché, là aussi! Les douleurs, les souffrances et les angoisses, au panier! Le peu qu'on se permette, le dévorer! Retrouver l'âme adolescente, la pas pour de fausse! Revolution en tout! En Elle! En moi! En Elle et moi! Nous! Ce bazaar joli des choses!

 

La fête qui s'est terminé ce matin, au pied de mon café, le journal qui me l'a gueulé. Le destin qui nous a rappelé, tout y faut! On aura beau lutter contre les courants aussi fort qu'on peut, ce p'tain de bordel, grande faucheuse qui vient nous taper un coup dans le dos. Nous a retrouvé! L'a retrouvée! Le connard de gras! Lui à demonter le corps de tout ce qu'il pouvait! Salaud jusqu'au bout!

 

Elle m'avait attendue, deux jours complets sur le quai de gare pour le retour, pour le dernier, premier voyage. Que nous nous l'étions promis, avant, trois mois de cela, les embrassades de cinéma. Et tout. D'un soir de retour qui ne pue pas la mort! Ironie de la vie! Je vous jure que nous volions, oui! Pas qu'un peu! À milles lieux! Sous! Sur la mer! De toute ivresse, en nous. La nouvelle vie! On y croyait! On y a cru! Nous avait quitté, la misère! Son sourire!

 

Mais tout nous a recouvert, le malheur! Le reste! Et nous voilà, ce soir, morts, calmes et tranquilles! Le repos que nous attendions! Quietude absolue sur ce bout de nuage!

Adieu!  La séance est finie! Le rideau s'écroule!

Par Hubert Botvalt - Communauté : Les écorchés vifs
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Jeudi 4 septembre 2008

J'étais là, assis sur un banc degueulasse, la gare tout autour qui se faisait la belle, je ne comprenais plus bien les choses, d'ailleurs je ne les avais globalement jamais comprises, mais ça c'est une autre histoire. Je sortais de chez elle. Elle c'est cette femme riche et conne, dans ses bras à se contempler, les yeux dans son verre vide. Je l'ai pas detesté, bien sûr. Pas aimé non plus. Le temps d'une nuit juste. Pour pas se mettre à chialer comme un con, sur un bout de trottoir à ne pas savoir où dormir. Je m'etais rentré donc dans un maudit bar, puant la richesse et les convenances, à vaquer l'âme, le ptit cahier à spirales qui ne me quittait plus. Une vodka. Et les regards qui se posent sur moi. Il vous suffit de vous asseoir à une table d'un bar, de sortir un stylo et une feuille ou n'importe quoi d'autre, pour qu'on vous prenne pour un écrivain fameux et celebre, et que les gens, bien comme il faut fassent leurs kékés pour penser être dans un roman, enfin un truc pour être eternel quoi...ils sont cons comme même des fois. Elle s'est approchée la trentaine sous prozac, ma troisième vodka. L'oeil petillant d'y croire, qu'elle prend. Tout le tralala ensuite. La chaire faible et l'âme triste. Et se reveiller, la bouche sèche et sans voix de voire ce tas tout à côté. Qu'elle reprendra lundi son boulot de directrice des ressources humaines chez Enjoy instute. J'ai recuperé mes vêtements en vrac, choper tout ce que je pouvais trouver qui me semblait avoir de la valeur,ouvert puis refermé la porte avec douceur, dans la cage d'escalier se rhabiller, tremblant de partout, le vent glacial qui monte, et s'engouffre au fond de ma peau. Ptit salaud heureux. Bien content de ne pas avoir dormi ailleurs. J'avais fait ça plusieurs fois depuis l'epoque où j'etais passé dans le televiseur chez Guillaume Durand pour la promotion de mon premier roman sur la vie de Juliette Greco, avec la p'tite notorieté, du coup. Vous savez les cultureux de cette espèce qui ne lisent que les résumés dans Telerama et s'esclaffent dans le génie d'untel. Si si ça existe, je vous le dis. Enfin, bon, j'avais trouvé le jeu assez marrant, dans la récréation de l'abrutisme bourgeois. Oh oui je sais bien sûr, je ne devrai pas en être très très fier, je culpabilise parfois, pas souvent je vous rassure. Je me suis arrêté dans un café un ou deux quartiers plus loin, mon sac noir à ouvrir, jeter un coup d'oeil sur le butin, pas grand chose au final, et je m'en fichais pas mal. Bien heureux de mon larcin ridicule. Boire le journal, et lire le café, ou l'inverse. Le beau parisien derrière son comptoir, pas souriant du tout, qu'aurait bien voulu rester quelques heures de plus dans son lit, porte de Bagnolet, au lieu de venir s'emmerder à servir des trucs degueulasses à des gens degueulasses. Je suis sorti, j'ai marché encore un peu plus loin, deposé une gourmette en or dans la casquette renversée d'un clochard qui n'avait rien qui cloche. Engueler une vieille degoulinante balladant son chihuahua orange fluo, quartier des halles. Et m'arrêter là ou ici. Regarder des jeunes, ivres et heureux qui jettent leurs dernières canettes de despe dans les massifs à fleurs. Se retourner du coup, sur ce que fut la mienne, sur tout ce que j'ai loupé, tout ce que j'ai oublié de vivre par trop d'immobilismes et de peurs. Je me suis retrouvé tout con, vraiment. A chialer. Ou presque. A me quitter ou presque. Je suis retourné, gare Montparnasse...le froid dedans, toujours, les escalators qui crachent sans arrêt son flot de voyageurs paumés, impressionnés.
Et me voici donc, ici, sur le banc deguelasse à attendre un rien qui me ferait basculer dans l'ivresse, mais bien sûr tout est venu, et je me suis endormi au bruit des trains qui partent et qui ne reviennent plus.

Par Hubert Botvalt - Communauté : Les écorchés vifs
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Mercredi 3 septembre 2008
 

J'ai baisé le monde entier.

J'ai 38 ans, ce soir, je suis saoule comme tout, et j'ai envie de chialer. Chialer sur mon corps qui m'echappent, sur ces vieux marins en errance qui plongent leurs yeux visqueux dans les décolletés des plus jeunes que moi. Je suis, j'étais une pute à marin, tchikki tchikki, devidoir à foutre des mers, j'ai écumé tout les ports du Brésil ou presque. J'ai simulé en anglais. J'ai simulé en russe. J'ai simulé en grecque. En français, en serbe, en danois, en russe, en norvègien, en phillipins, en portuguais,en chinois, en indien. Pour que la douleur s'abrege. Et aujourd'hui, je reste là, assise au comptoir, en cas de chasse, en cas que toutes les gamines à peine pubères soient emportées et qu'un bedonnant se pointe, mais je me bourre la gueule plus qu'avant, et c'est moi qui rinçe désormais.

 

Tout avait bien commencé pour moi! Je vous jure que c'était la belle vie qui m'attendait! Bien confort, bien paisible, celle dont tout le monde rêve au fond. A l'âge de 17 ans, je m'étais enamouraché d'un gars de 25, fils d'industriel local,Mercedes intérieur cuir, appartement sur la plage ! Les couchers de soleil à baiser comme les pores ouverts. Et les portes aussi, d'ailleurs, heureux! Le bonheur parfait je vous dit! Conte de fées! Mais les comptes étaient déjà faits! Bien tard! Il m'a laissé sur le bord du trottoir un matin, ivre et ecorchée jusqu'au cou! Pour une plus siliconnée que moi, pour une qui gueule pas dans les soirées contre les bourgeois! Qui boit pas de bière à 10 du mat'. Je m'en foutais. A vrai dire. Il pouvait bien enculer n'importe qui. Sa vie n'était pas la mienne. Toujours est il que je me suis retrouvée, comme ça, mine de rien, à la rue, nette. Bien sûr, les premiers jours, à vivoter, d'amis en faux amis, à se dire que la fête continue tout de même, s'endormir dans le canapé, discreto pour ne pas baver dehors, le reste de la nuit. Un jour, un jour, tout s'est barré, tous se sont barrés. Ont tous compris que je m'étais faite jetée. Que j'allais squatter chez eux pour un peu plus qu'une nuit ou deux. Marre, de toute évidence, qu'ils en ont eu. De moi, de mes crises d'angoisses, de nerfs, de manque, de folie, de foie, de delirium tremens, boursières aussi. A me jeter, eux aussi . Tiens! Allons y. La belle descente, la belle chute. Dans le trou de ma misère. Sur les bords du fleuve, dormir le jour, s'effrayer la nuit. Guetter le salaud qui menace d'arriver. Pas fière du tout. J'en avais plus les moyens d'ailleurs. Du tout. A me sentir basculer de l'autre côté. Infiniment. De toute évidence.

 

Récuperée dans une grande flaque, la gueule en vrac, le reste aussi. Qu'ils m'ont dit. Les gens. Là, qui s'affolent autour de moi, autour d'un lit poisseux, autour de la pourriture que j'étais devenue. Centre Social chrétien de Bélem. Quelques jours de répits. Je fermais ma gueule. Juste. L'infirmier qui me regardait de son oeil...bizarre. Intrigué de comment une femme pouvait réussir à se mettre aussi minable, presque de la révolte, oui, dans son putain de regard à la con. Révolte contre moi. Bien propre lui, du haut de sa blouse, de sa mèche de cheveux qui lui coulait jusqu'au yeux, rebelles. Me donnait à bouffer. Me prêter son lecteur MP3. Sans rien dire. Sans rien demander. Mis à part ça. Je ne faisais que dormir. Rien de plus. L'envie de plus rien, ou même aller pisser était devenu un calvaire. Où était passé mon corps. Je ne le savais plus, je l'ai jamais su.Celui d'avant. Celui qui gueulait partout, à qui voulait bien l'entendre, que la vie était dans le mouvement. Sans répits. D'un château l'autre. D'une fête l'autre. D'un voyage, l'autre. Disparue, bouffée lui aussi. Entièrement. Tout dans le désarroi. Abjecte.

 

Qu'un beau soir... la grande lessive des corps. Bien entendu. Tout cela déjà écrit. Je me suis laissé faire. Il a commencé par s'asseoir, là tout à côté de moi, au rebord du lit, m'a regardé, m'a souri. Ses mains immenses et douces dans mes cheveux. Je n'ai rien dit. Juste acceptée. Venir deposer son regard au creux de mes seins écorchés. Deboutonner avec elegance et violence le haut de ma blouse verte bien moins sex. Son souffle sur ma peau degueulasse, depoussierant les morsures de l'aube, dépoussierant les kilomètres de misère autour. L'odeur de son parfum, de son shampoing. En bouffer. Respirer de grandes plaines. Des coups de butoir mélodique à me faire vaciller tout le corps. Jouir. Ensuite. Sur la canopée. Ou sur le canapé. Je ne sais plus. Sans entendre le son de sa voix, jamais. L'aimer. Rien qu'un peu. Cette grande carcasse qui se releve, et qui se rhabille au pied de mon lit, m'offrant son dos encore un peu. A quoi pensait il à ce moment là, quelle expression avait son visage...de la tristesse, de la joie, de la victorieuse, du degoût.

 

Le même bazaar, chaque soir, le couinement de la poignée, qu'il m'envoutait, m'enchantait de tout son corps, me donnait ce sourire à la con. Des moments. De la sueur sur ses épaules. Et s'en retourner, lui aux autres, moi à ma misère de l'âme. Quel drôle de sentiment. La parenthèse juste. A devenir une autre, un instant, et s'en revenir, ensuite. Ou l'inverse, peut être. Qui étais je au fond? Pour qu'il me fasse l'amour ainsi. Une vulgaire patiente, une de plus, peut être. Une âme en peine qu' il se sentait, du haut de sa charité, obliger de récomforter. Le jeu de la séduction. Du pouvoir. Comme toujours, je me sentais victime, non pas victime! Juste asservie. Les hommes. Les femmes. A decider tout. Je ne pouvais pas moi, bien clouée au lit, bonbonchimiquophilisée, lui demander de me consoler, de me prendre dans ses bras, non! le droit de fermer ma gueule et attendre l'instant où il aura décidé de venir. Alors, juste la musique, du Rock, de la France. De son voyage, qu'il m'en avait parlé un peu, après les amours. La côte d'Azur et ses catins qui lambinaient sur la plage. La misère à côté qu'elles s'en foutaient pas mal. Des vallées insensées verdoyantes à souhait, de la Normandie, ensuite. Puis la musique, avec. Dans l'autoradio de la voiture, des kilomètres . Sa gonzesse de l'époque. Comment c'était la vie, avant le retour, avant la révelation, la chrétienté et la charité que je n'aimais que très peu en lui, à vrai dire, sans lui avouer. A se decouvrir. C'est toujours comme cela, les choses de l'amour. L'extase du début. Les emmerdes ensuite. Parce que ça vient toujours ça. Les ptites haines qui se dessinent, creusant des sillons. Des gouffres plus loin, plus profond. A vouloir reculer ce moment le plus qu'on le puisse. Je me rendais pas bien compte que cela allait arriver si vite.

 

Un beau matin, le chef scout m'a convoqué dans son beau bureau, nous sommes restés là, façe à façe, l'autre vieux bedonnant, derrière la photo de famille sur le bureau, la croix plantée sur le mur blanc. J'étais requinquée. Voilà. Le mot était balancée. Je savais exactement ce qu'il allait me dire ensuite, à lire sur sa bouche avant qu'il n'eut le temps de l'ouvrir. L'adresse. Les aides pour trouver un emploi. Pas glorieux certes, mais c'est déjà ça. Le temps de se retourner. Les portes toujours ouvertes, en cas de chasse. La bénédiction de Dieu. Dieu à la con, oui! Je voulais pas. Moi! Non, non! Rien que rester ici, vegeter dans mon lit, dans la piaule. Vegeter et baiser. Voilà, la seule chose dont j'avais envie, voilà ce qui m'aurait plu. M'a serré la main. Je n'ai pas gueulé. Juste subie, le poids. Et sans trop m'en apercevoir, j'étais dans un centre d'hébergement du centre ville. Au milieu d'un bordel énorme, des djeun's junkies aux vieux sans abris alcoolisées jusqu'à la gorge. Je ne sais pas trop comment dans un pays aussi pauvre que le brésil, on peut encore trouver des choses comme ça, je veux dire des endroits où on décide que certains ont plus besoin d'aide que les autres. Bref. La panique absolue. Bien sûr. Le semblant de compassion de la dame qui m'accueillait. Ma gueule déconfite. Le rat qui se ballade dans la rue. Les serpents dans ma tête. Courir. Loin. Y penser. Mais rester, par trop de fatigue, par trop de connerie, peut être aussi. Et l'homme qui n'était même pas là,pour voir, pour voir qu'ils me recrachaient à la ville, sans armes. Il aurait gueulé. Lui. Il aurait refusé. Sûre! Ou alors m'aurait emmené chez lui. Mais là. Zéro. Au fond. Du néant de ma vie. A m'apercevoir qu'il me manquait déjà. A me surprendre à aimer tant que ça. Pas forcément lui. Pas forcément un autre. Mais le plaisir d'aimer c'est pas rien, ça. Une vraie addiction. A ne plus compter le nombre d'homme dont je suis tombé amoureuse. Sur un échantillon de cent personnes, globalement, seulement une ou deux, sont réelement faites pour aimer. Génèralement il se trouve que ce sont les personnes les plus tristes. J'avais bien peur d'en être.

 

Je l'ai attendu, pas qu'un petit peu. Mon sauveur. De longues journées comme ça, à m'accrocher au rebord de la fenêtre, tenter de l'apercevoir au milieu de la foule, surgir tel un superhéro. Oui je croyais que c'était mon superhéro. Il n'est jamais venu bien sûr, n'a jamais fendu le chemin, écarté les rappeurs des rues qui squattaient en bas, n'a jamais sauvé la pauvre âme de sa tour d'ivoire. Putain, que je l'ai attendu. Oui! Le salaud. Tant attendu que j'ai fini par le haïr, lui, et le monde entier d'ailleurs. Faute d'héro, je me suis mise à l'héro. De la mauvaise. De la pour les pauvres. Mais elle avait l'avantage de ne pas me laisser seule, elle. Des djunkies qui replongaient, s'y accrocher. Les accompagner dans la chute. Encore. De la folie qui nous guettait. De l'histoire qu'on parlait, au milieu des nuits enssevelies, de l'histoire et du monde, de la révolte, et tout ce qui va avec. Un peu de Byzance là dedans. Se croire invincible, éternelle. Rien qu'un petit moment. C'est cela au fond. La première minute à l'infini. Qu'on cherche toujours. Mais un jour, ils ne partagent plus. On est accroc. On doit raquer pour vivre. Pour chuter. Le petit paquet de sous. Qu'il va falloir trouver. Pour la rançon d'un semblant de quietude. On rencontre un gars, qui nous en présente un autre. Qui nous baise, sans trop de résistance. D'ailleurs, on ne pouvait même plus résister à quoique ce soit. Ce mec se barre, en laissant une liasse de billet sur le rebord du lit, chambre d'hôtel delabrée. J'étais devenue une pute. Et encore même pas de luxe.

 

La misère des sirènes qui vous appelent au précipice, ensuite. L'ambulance, les pompiers, le brouillard immense de la ville, halot de lumière au dessus de la pollution. Les petits matins glauques où on s'retrouve sur la banquette arrière d'une voiture, accompagné d'un gras immense, au sourire edenté. Comme quoi on a encore un peu trop picolé, hier. Comme quoi on a définitivement perdu le controle. Les regles de la putetanterie, ne jamais dormir avec ses clients. Surtout des immondes comme celui ci. Outrepassées. Nous sommes au delà du cadavre, plus loin, plus repugnante encore. La saleté de l'intérieur! Des liquides immondes qui vous remontent jusqu'à la gorge. La haine du monde entier qui va avec. Ablation! De la castagne! Des fuites pour ne pas se prendre une lame dedans! Putain de periph' qui tourne en rond!

Des années à écouler mon ridicule. À ecouler ma tristesse le long de la côte. Et les marins qui s'en vinrent, sans me voir, me laissant là, avec mon bifeton. D'un ridicule.

Mais il est tard, je frôle le ridicule à me maquiller comme une conne pour cacher ces rides qui se sont creusées trop vite. Les marins ne viennent plus. M'ignorent. Me soldent de leurs regards, juste de temps en temps. Je crève la dalle jour après jour, un peu plus, creusant à la forçe de mes poignées abimées la tombe de mon corps. Et de ma vie. Perdue dans le trou de ces verres qui s'accumulent devant moi. La matronne ne dit rien. Elle ne peut rien me dire, pas me virer, trop de choses que je sais, d'elle, de son p'tit buisness. Qu'elle m'accorde encore le droit d'être là, de boire à ma guise. Un desesperé, quelques fois, ça lui suffit. Ca me suffit aussi pour tout dire. Mon regard se floute, disparait...et des barbares partout.

 

Je m'appelle Inès.

J'ai baisé le monde entier.

Mais c'est la vie qui m'a baisé.

 

Par Hubert Botvalt - Communauté : Les écorchés vifs
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